Je l’ai déjà brièvement évoqué dans le blog (notamment ici et là), j’observe souvent dans mes cours de chant des personnes qui se limitent en ne s’autorisant pas à être qui elles sont.
Dans ce qui sera selon toute vraisemblance un billet assez bref, j’ai envie de vous (nous) encourager à vous donner des permissions. Des permissions au sens où l’entendait Patricia Crossman (1966). Le fameux triangle des 3P déjà évoqué sur ce blog, un concept d’Analyse Transactionnelle complété par Claude Steiner (1982) avec le terme « Puissance ». Je vous remets rapidement le triangle.

Sans entrer trop dans les détails, le principe est que pour parvenir à être dans sa « Puissance » (à lire plutôt comme « plein potentiel » ou « pleines capacités ») on doit pouvoir se donner ou se voir accorder des permissions : d’être, de faire, de penser, de ressentir, etc. Car au fond, nous sommes toustes humain·es et nous sommes fait·es de tout ça.
…sans oublier les protections.
Crossman insiste sur le fait que des permissions sans protections sont inutiles, voire contreproductives, le système de défense d’une personne ne pouvant pas imaginer transgresser des règles construites à un niveau archaïque.
C’est donc à l’accompagnant·e (qu’il ou elle soit thérapeute, prof, supérieur·e hiérarchique, etc.) de fournir un temps et un espace suffisamment protecteurs pour que la personne puisse accepter de prendre les permissions qu’on lui accorde, ou se les donner à elle-même.
Comment ?
Dans la pratique ça se traduit par des mots et des attitudes. Je dis souvent à mes élèves que je ne suis pas là pour les juger, mais pour les accompagner, pour qu’on cherche ensemble le chemin à suivre pour leur voix. Et ensuite je leur dis que c’est OK de faire faux, qu’on n’a pas besoin d’un résultat parfait…
Parfois ce sont des éléments plus insidieux. Pour ma part, c’est par exemple lors d’une supervision avec une collègue de Coordination Respiratoire que j’ai osé faire « un peu différemment » de ce qu’on m’avait enseigné, parce que jusque là, le respect des règles et de « comment le prof à dit qu’il faut faire » était sacrosaint. Qu’une formatrice me dise que c’était OK de faire différemment si ça me convenait mieux, et qu’elle valide ce changement (je ne trahis pas la pratique en modifiant ce détail) m’a réellement libéré et désormais l’outil en question est beaucoup plus efficace pour moi. J’accède donc à davantage de « Puissance ».
J’avais envie également (et là je vois que l’article ne sera pas si court que ça au final) de partager l’attitude d’une de mes élèves dont le nom n’est pas secret, puisqu’il s’agit d’Izia Jeen (vous en aviez entendu parler ici). Cette artiste professionnelle vaudoise vient prendre de temps à autre des séances de Coordination Respiratoire. Et elle est pour moi un exemple de quelqu’un qui se donne beaucoup de permissions, tout en gardant un environnement suffisamment protecteur. La preuve en était son Izia Jeen Day où elle partageait toutes les approches auxquelles elle a recours dans son activité artistique. Elle ne s’encombre pas de jugement interne pour faire les choses « à sa sauce » en allant puiser les outils qu’elle trouve utiles ou nécessaires à différents endroits. Elle vient chez moi chercher des détails qu’elle ne trouve par dans l’autre pratique respiratoire qu’elle utilise par ailleurs : la méthode Wim Hof (que j’ai pu découvrir grâce à elle, et c’est étonnant!). Elle pourrait aussi venir prendre des cours de chant, mais elle a une super coach (que j’ai rencontré aussi) qui lui apporte ce dont elle a besoin. Et je trouve ça extrêmement riche et particulièrement sain. Ses protections ? Et bien justement elle s’entoure de toutes ces personnes bienveillantes et ouvertes à l’échange qui la soutiennent, la conseillent et valident que qui elle est ne peut être remis en question !
J’encourage donc mes élèves à ne pas suivre à la lettre ce que je leur dis, et vous enjoins toutes et tous à faire ce qui semble juste pour vous, du moment que la sécurité extérieure et intérieure vous semble suffisamment présente.
