Derrière cette boutade volontairement provocante se cache une observation que je fais régulièrement auprès de mes élèves de chant (et aussi de moi-même parfois !) : elles et ils se « cachent » derrière un masque qui a plusieurs conséquences sur leur voix.
Ce que j’observe
Souvent les personnes qui viennent me voir veulent trouver davantage de stabilité dans leur voix, la rendre plus flexible, lutter contre une fatigue vocale ou simplement chanter davantage de chansons qui, pour le moment sont hors de leur portée.
Lorsqu’arrive le moment où ces élèves interprètent un extrait de chanson, j’entends leur voix qui change, qui devient sur- ou sous-compressée, avec parfois leur langue qui s’active beaucoup trop ou un débit d’air trop important. Je vois une mâchoire qui se serre, un front qui se plisse ou encore l’apparition de gestes stéréotypés.
Ces éléments contribuent à une voix, si ce n’est instable, au mieux qui va vite se fatiguer. Mais comment en arrive-t-on là ?
Imiter c’est tricher ?
Une hypothèse que je fais alors c’est que ces élèves cherchent à imiter l’interprète de la chanson qu’ils ou elles sont en train de chanter. Mais est-ce un problème ? Après tout, j’ai moi-même beaucoup appris en imitant des chanteurs que j’admirais, d’ailleurs l’imitation est un processus d’apprentissage courant chez l’humain.
Donc a priori ça n’est pas un problème, et c’est même souvent une source de motivation. Néanmoins, comme nous sommes toutes et tous des corps différents, difficile de reproduire exactement les mêmes sons « juste » en imitant. Imiter requiert une précision et une connaissance de son appareil vocal (ce n’est pas Yann Lambiel qui dira le contraire) que la plupart de mes élèves ne possède pas encore.

Mettre un masque…
Si imiter n’est certainement pas tricher, c’est tout de même un peu se « cacher » derrière la voix de quelqu’un d’autre et ne pas laisser la place à sa propre voix. Et sans même imiter quelqu’un d’autre spécifiquement, je remarque que ces élèves dont la voix se crispe ou peine à prendre la place qu’elle mérite ont tendance à « jouer » aux chanteur·euse·s.
Comme si, pour chanter bien, il fallait se mettre dans un rôle : faire de grands gestes, des grimaces, pousser la voix ou au contraire la rendre fluette… C’est là que je leur indique que ça n’est probablement pas la bonne voie/voix à suivre…
Car en effet, derrière cette attitude se cachent des croyances, des « il faut », des « je dois ». Toutes ces injonctions mènent invariablement à des tensions (ou, à l’inverse, à trop peu d’intensité si les modèles sont davantage Milène Farmer ou Jane Birkin plutôt que Lara Fabian ou Beth Hart…), des fatigues vocales et finalement à un plaisir de chanter qui s’amoindrit.
…puis l’enlever peu à peu
Avec les différents outils dont je dispose, je propose aux élèves que l’on recherche ensemble leur « véritable » voix, afin de comprendre et de ressentir exactement ce qu’il se passe lorsqu’on chante. Ainsi ils et elles peuvent expérimenter ce qu’est de chanter sans faire des efforts inefficaces, et en laissant à leur voix la place qu’elle mérite.
C’est un processus qui peut s’avérer déroutant selon les croyances sur soi et les autres que l’on a développé au cours de sa vie. Il est alors primordial pour moi d’accompagner cette découverte en mettant en place une atmosphère sécurisante en donnant tant des permissions que des protections aux élèves (j’avais parlé de ce concept ici : https://suistavoix.ch/pourquoi-ce-logo). Progressivement, le masque pourra se retirer et la « vraie » voix se développer.
Ensuite, rien n’empêchera les élèves de retourner vers l’imitation, mais en partant de qui elles et ils sont, en connaissant mieux le fonctionnement de leur instrument en faisant un minimum d’effort pour un maximum d’efficacité !
En bonus, voici une chanson amusante d’Oldelaf qui m’a donné envie de rédiger cet article !
