Accepter d’expirer

by | 27.10.26 | Uncategorized

A force de recevoir des élèves de chant ou de coordination respiratoire, je me fais régulièrement la réflection que la respiration est un fonctionnement fascinant. A la fois complètement involontaire, dirigé par notre système nerveux central (via le tronc cérébral) – heureusement, sinon on risquerait l’asphyxie un peu trop souvent – et tout autant contrôlable à l’envi : on peut choisir de bloquer sa respiration (pour plonger), de la ralentir (pour se concentrer) ou de l’accélérer (pour attiser un feu).

C’est une aubaine car on n’a pas besoin d’y penser, mais on peut y porter attention. Et pour le coup, ce qu’on a peine à faire, c’est d’expirer. Dans notre langage courant, en Suisse romande du moins, on a cette fameuse expression (j’entends encore mon grand-père) : « laisse-moi souffler 2 minutes ». Cela dit bien combien c’est nécessaire d’expulser l’air de nos poumons pour se calmer, pour prendre du recul… Robin de Haas dit (je paraphrase) « le grand objectif de l’être humain est d’accepter d’expirer ». Outre la grandiloquence discutable du propos, je trouve que philosophiquement, cette phrase a des résonances intéressantes.

Le souffle, porte d’entrée vers le système nerveux

Ce lien entre expiration et apaisement n’est pas qu’une intuition du prof de chant que je suis : un dossier récent de Cerveau et Psycho[1] le documente avec précision. Le pneumologue Thomas Similowski y rappelle que la respiration est la seule fonction vitale à la fois automatique et volontaire — exactement la dualité dont je parlais plus haut.

Le centre qui règle notre rythme automatique, dans le tronc cérébral, envoie aussi des signaux directement vers l’amygdale et l’hippocampe, les zones qui gèrent nos émotions et notre mémoire. Expirer lentement, surtout par le nez, active le système parasympathique via le nerf vague : le cœur ralentit, les bronches se desserrent, l’anxiété diminue.

C’est d’ailleurs principalement sur le geste d’expiration que l’on travaille dans la Coordination Respiratoire. Et lorsque le corps (et l’esprit) accepte réellement d’expirer dans les zones où il ne le fait pas habituellement, les effets sont parfois impressionnant : relâchement musculaire bien sûr, mais aussi tremblements, émotions, etc. On pourrait faire l’hypothèse que les systèmes de défense psychologique se relâchent également et laissent la place à ce qui a besoin de s’exprimer.

Chanter c’est s’entraîner à expirer.

Encore davantage que la coordination respiratoire, le chant est un excellent exercice d’expiration contrôlée étant donné que l’on produit du son exclusivement en expirant.

Plusieurs études le confirment, au-delà de la seule respiration. Une étude suédoise[2] a montré que les cœurs des choristes finissent par se synchroniser en chantant ensemble. Une étude allemande[3] a comparé chanter et simplement écouter la même musique chorale : chanter augmente l’affect positif et un marqueur immunitaire salivaire, quand écouter seul augmente plutôt l’affect négatif — c’est donc probablement l’acte d’expirer activement qui agit, pas la musique en elle-même. Une étude britannique[4] enfin, menée auprès de patients atteints de cancer et de leurs proches, a quant à elle mesuré une vraie baisse du cortisol après une seule heure de chant choral.

Nuançons que chanter n’est pas une thérapie à part entière et ne peut guérir de troubles graves de la respiration, mais cette pratique semble réellement amener du bien-être et permet d’aller vers ce geste expiratoire volontaire !

chanter expiration chanteuse concert
Chanter c’est expirer !
Image par Lương Đạt Nguyễn de Pixabay

Dans ma pratique

Tant lorsque j’ai un focus sur la voix (cours de chant) sur la respiration (séance de coordination respiratoire) ou sur la psyché (accompagnement), je remarque que lorsque l’on expire, quelque chose « lâche » et inversement.

Alors continuez de chanter, de souffler et de lâcher (même si ce dernier point, j’en conviens, est bien plus facile à dire qu’à faire !).

Chez vous

Pour expérimenter, installez-vous confortablement en position assise ou couchée et, sans autre contrainte ou point de focus, appliquez le conseil avisé de Lynn Martin : « when in doubt, breathe out » et expirez simplement, en soupirant, sans rien forcer de l’expiration. Puis laissez-vous remplir par l’air, sans rien forcer là non plus. Après plusieurs cycles, voyez comment vous vous sentez.

Si quelque chose se détend — dans la gorge, les épaules, ou ailleurs — vous venez d’accepter d’expirer, bravo 🙂

Envie d’aller plus loin ? Réservez un appel en visio pour qu’on regarde ensemble où en sont votre souffle ou votre voix.


[1] Cerveau & Psycho n°190, septembre 2026 (dossier « Respirer »)

[2] Vickhoff et al., Frontiers in Psychology, 2013.

[3] Kreutz et al., Journal of Behavioral Medicine, 2004.

[4] Fancourt et al., ecancermedicalscience, 2016.