Vous êtes votre propre limite

by | 1.10.26 | Pédagogie, Psychologie, Technique vocale

Comprendre ses limites personnelles

Dans un des mes derniers articles, je vous parlais de ce cadre protecteur qui permet d’oser être soi. Mais une fois ce cadre posé — une fois que le prof, le thérapeute ou l’ami·e vous a dit « tu as le droit » — encore faut-il se le dire à soi-même. Et c’est souvent à cet endroit que ça peut coincer…

Malgré les permissions que l’on reçoit, se les donner à nous-mêmes, c’est plus compliqué. Il y aura vite un « mais » qui viendra bloquer quelque part. « Mais qui suis-je pour faire ceci ou cela », « mais je ne peux pas prendre tant de place », etc.

Les injonctions et leur impact sur la voix

En analyse transactionnelle, on parlerait d’injonctions ou de messages contraignants — des règles apprises très tôt, souvent avant qu’on ait les mots pour les questionner. En chant, ça se traduit très concrètement : la voix reste bloquée, comme enfermée dans le corps et qui ne peut pas prendre sa place.

Sortir de sa zone de confort

Alors comme on l’a déjà vu, on peut ne pas trop les écouter. Néanmoins, ça demande de les confronter de temps à autre, d’aller peu à peu à leur rencontre et voir là où on peut transgresser les règles que l’on a établi il y a bien longtemps. D’autant que souvent, le corps et l’esprit qui aiment l’équilibre (l’homéostasie) viennent nous le rappeler brutalement (par de l’agitation, de l’anxiété, de la fatigue ou tout un tas d’autres mécanismes de défense).

Mais la magie peut opérer si on sort peu à peu de sa zone de confort (ou d’habitude), sans trop faire de pas de géant. Et en répétant l’exercice, quel qu’il soit…

Exemple concret : dépasser ses limites grâce au chant

Pour ma part, j’ai récemment eu la chance de participer à un projet assez monumental : chanter des chansons de Queen et Freddie Mercury accompagné d’un orchestre symphonique et de 170 choristes.

Le contexte du concert

Si l’idée est extrêmement enthousiasmante, elle vient aussi avec son lot de challenges :

  • Malgré 2 autres projets avec cet orchestre, chanter en étant dirigé par un chef et en devant suivre une partition n’est pas facile pour moi.
  • Il y a presque 300 personnes derrière mon dos lorsque je chante. Elles comptent sur moi pour que ça soit bien, au minimum !
  • Le premier concert a lieu dans une salle mythique : l’auditorium Stravinsky (désormais 2M2C) à Montreux, là où jouent les têtes d’affiche du fameux Montreux Jazz Festival…
  • Ce premier concert coïncide avec les 80 ans de la naissance d’un certain… Freddie Mercury. La salle serait donc au moins à moitié remplie d’ultra-fans qui viennent chaque année célébrer un chanteur pour le moins emblématique.

Zéro pression donc…

Quelques minutes avant de monter sur scène, je dois avouer que je n’en menais pas large. Cependant, une fois les premières notes entonnées, j’ai senti que ma voix répondrait « au doigt et à l’oeil ».

Photo Bande Son Montreux
© Lou Barthelemy – 2026

Ce que la pratique change réellement

Tout ça n’était pas un hasard. J’ai certes un peu d’expérience désormais, mais j’ai surtout mis toutes les chances de mon côté pour ce projet. J’ai été voir mes coachs vocaux, j’ai travaillé régulièrement (plusieurs heures par jour). Et j’ai accepté de lâcher quelques limitations que je me mettais à moi-même. Et là, je fais le lien avec le dernier article : je me suis rappelé pourquoi je chantais.

Pourquoi ? Et bien pour moi c’était le « simple » fait de ressentir cette musique, les envolées de ces mélodies, l’accompagnement incroyable de l’orchestre, l’intervention des chœurs à des moments clefs. Pas besoin d’aller chercher des explications psychologiques complexes. Juste accepter ce qui est, et ce qui me fait vibrer.

Mais j’ai dû (avec de l’aide) me l’autoriser, et y travailler ! Parce que ce n’est pas juste la compréhension qui change une habitude (ici me focaliser quasi-uniquement sur la technique et respecter « ce que le prof a dit »), c’est la pratique répétée d’autre chose (avoir le droit de ressentir ce que je ressens et de savoir ce dont j’ai besoin) à sa place.

Déplacer ses limites personnelles

Alors la prochaine fois que vous vous surprenez à dire « je pourrais, mais… », essayez d’écouter ce qui suit le mais. C’est peut-être là, précisément, que se trouve votre propre limite — et le premier pas pour la déplacer. Et si besoin faites-vous accompagner, par moi ou quelqu’un d’autre qui, avec bienveillance vous permettra d’aller un peu plus loin.